from the book
Comment expliquer l’attrait exceptionnel qu’exerce le Livre des Psaumes
(les téhilim) sur tous ses lecteurs ? Enfants et adultes, riches et pauvres,
grands et petits, hommes et femmes, célèbres et anonymes. Pourquoi
est-il lu et relu, chanté ou récité à n’importe quel moment de l’existence ?
Pour manifester de la joie ou de la tristesse, une naissance ou une mort,
pour dire le bonheur ou le deuil, dans la journée, au long de la nuit, au
milieu des prières, le chabbat, les jours de fêtes comme les jours de
jeûne. Aucun autre livre de la Bible ne jouit de cet engouement, durable,
entier et sans réserve, de toutes les couches de la société. Aucun autre
livre n’emporte une adhésion aussi inconditionnelle et unanime, ne suscitant
pas la moindre critique, la moindre réticence ou la moindre réprobation.
Il y a même quelque chose d’irrationnel dans cette constatation, car
le psautier n’apporte rien de nouveau, rien d’original, ni sur la foi, ni sur
les croyances, ni sur l’histoire, ni sur les grandes idées contenues dans
les autres Livres. Ajoutons enfin que la presque totalité des lecteurs fervents,
hormis quelques savants biblistes, talmudistes ou hébraïsants, ne
comprennent ni le sens de tous les mots de ce fabuleux recueil, ni les
liens entre des idées juxtaposées, ni à quels événements font allusion
certains textes. On ne saura jamais ce que signifie mizmor lédavid: cantique
de David ou cantique dédié à David? Ou ce que désignent les mots
introductifs : binguinot, yédoutoun, néh’ilot, haguitit, chouchan, mikhtam…
Qui en sont les géniaux compositeurs, à part David ? A quelles
époques ont-ils vu le jour ?